Catégorie : Chroniques


  • Le refuge

    Si tu y plonges pour oublier le monde, elle t’accueillera sans te juger, le cÅ“ur ouvert. Tu pourras lui confier tous tes secrets, tes pensées et tes doutes. Et elle les protégera sans faillir.

    Là-bas, tu pourras te perdre, jouer, redécouvrir une part du monde où le temps même a cessé d’exister. Elle apaisera tes inquiétudes de sa main douce et puissante. Elle te chatouillera, te bousculera un peu, jouera avec toi. Tout ce que tu croyais connaître te paraîtra nouveau. Tu y entraîneras les personnes qui comptent pour toi pour partager avec elles ce goût de l’infini. Et durant ces traversées, les mots et les rires fuseront, car elle trace des voies pour que les paroles soient joyeuses au fil des pas.

    Majestueuse, elle ne s’encombrera pas de ce que tu peux penser d’elle. Elle sera présente, indéfectiblement, à tout ce qui t’agite ou à tout ce qui t’anime. Elle ne dira rien, mais tu entendras tout ce qu’elle a à te dire. Et tu la comprendras.

    Et quand viendra le moment d’émerger de ses entrailles, il ne subsistera que quelques images éphémères de ce voyage. Mais tu garderas ancrée dans ton corps une sensation puissante, de 1000 chemins foulés dans la découverte et l’émerveillement. 

    Et à un moment ou à un autre, tu y reviendras.

    Dans la Forêt.

    Max Richter – Of The Undiscovered Country (Taken from the « Hamnet » Soundtrack)


  • Mon pote qui ne prend rien au sérieux

    Est-ce que tu as aussi ce copain qui ne prend rien au sérieux? Tu lui dis « je dois m’reposer Â» et il répond « viens on va s’éclater Â». Tu lui dis « j’ai du boulot Â» et il riposte « Apéro! Â». Tu lui dis « aujourd’hui c’est compta Â», il esquive « voilà du chocolat Â». Sérieusement. Comment tu veux avancer si tu as un ouistiti qui te tire en arrière chaque fois qu’il y a des choses à faire?

    En plus, ce genre de copain ne sait pas se tenir. L’autre jour, mon pote m’a littéralement sauté dessus. Oui, vous avez bien lu. Je m’étais vaillement attaqué à ma vaisselle et paf, impossible de finir d’essuyer le plat en Pyrex. J’ai dû lui courir après, tellement il sautait d’un coin à l’autre. Ça m’a énervé! Pas moyen de me concentrer. Et après trois minutes de poursuite, j’ai fini par exploser.

    De rire!

    Oubliés la vaisselle et le plat en Pyrex, oubliés la compta, le boulot et le repos. Finalement, c’est lui qui a raison: peu de choses sont graves, si ce n’est de prendre la Vie avec trop de gravité.

    Alors, la prochaine fois que tu as un truc à faire et que tu es rattrapé par l’esprit de sérieux, pense à mon pote Roger. Je peux t’assurer que lui, il ne va pas s’en inquiéter.


  • La souveraineté n’est pas un gros mot

    Souveraineté.

    C’est un mot un peu oublié, à mon sens souvent mal compris, et qui a refait surface dans la conscience collective et le débat public depuis plusieurs mois. Même les personnes les plus modérées commencent à se saisir de ce concept, signe que sa réémergence traverse tous les pans de la société.

    D’après Le Larousse de Poche (édition 2004)1, la souveraineté est Â« le pouvoir d’un État qui n’est soumis au contrôle d’aucun autre État Â». Présentée comme cela, elle semble être la conséquence d’un pouvoir dominateur qui aurait subi une inflation débridée au fil du temps. La souveraineté qui résonne à mes convictions est tout autre. Imaginons deux États souverains: aucun des deux n’est soumis au contrôle de l’autre. Chacun se tient « sur ses 2 jambes Â», en toute autonomie, et ne redoute pas une prise de pouvoir de l’autre sur lui-même.

    Cette posture a une seconde conséquence: la possibilité de coopération égalitaire. Cela implique de pouvoir échanger et négocier des ressources ou des aptitudes propres à chacun dans une logique de progrès individuel et commun: « Tu m’aides à progresser dans mes manques, sur la trajectoire qui est la mienne et je t’aide à progresser dans tes manques, dans la trajectoires qui est la tienne. Nous grandissons chacun et ensemble. »

    Il y a dès lors une forme de majesté dans la souveraineté, une volonté de s’élever au-dessus des contingences du temps et de l’espace, tant pour les États que pour les individus. C’est une ambition incarnée de tenter de voyager dans l’existence de manière à laisser la petite part du monde dont on a reçu la charge dans un état un peu meilleur que lorsqu’on en a hérité. C’est décider d’initier des changements dont on est quasi certain de ne pas voir les effets de son vivant. Les mettre en route pour les autres et non pour soi, avec une espérance enracinée dans le coeur des Femmes et des Hommes.

    La souveraineté, c’est regarder plus loin encore. C’est essayer de donner corps à une vision du monde qui paraît impossible à concrétiser de prime abord. C’est faire le pari d’un futur vivant, dans lequel demain n’est pas seulement la suite d’hier et d’aujourd’hui. Elle porte en elle la beauté et l’humilité de ce pari fou: contribuer à porter une vision qui constitue un pas, même un tout petit pas, vers un monde meilleur.

    La souveraineté, enfin, nous appelle à sacrifier des pans de nous-mêmes, à laisser des sentiers de côté pour, petit à petit, nous concentrer sur notre chemin de vie essentiel.

    La souveraineté nous place devant la liberté du choix afin que nous puissions, aujourd’hui et demain, avoir le choix de la liberté.


  • Trouver un mentor

    Nous en demandons trop à nos parents.

    Nous en demandons trop à nos frères, nos sœurs, à nos proches et à nos amis.

    Nous en demandons trop, peut-être, aussi à nous-mêmes.

    Et pourtant, nous ne pouvons pas nous construire seuls. Nous avons besoin de nous appuyer sur les autres, d’apprendre d’eux, d’être portés par eux. Vers qui nous tourner alors?

    Peut-être en tentant de conquérir un mentor ou une mentore qui pourra nous aider à élargir l’horizon de notre existence. Il nous attendra souvent derrière une opportunité semblant insignifiante ou au contraire une porte paraissant infranchissable : un appel que nous n’osons pas passer; une peur à surmonter; une honte ou une culpabilité à traverser. 

    Et de cette rencontre jaillissante telle un rai de lumière pourra émerger une nouvelle trajectoire, bâtie sur des croyances et des idées renouvelées. Plus vastes, plus aériennes, plus ancrées. Souvent plus douces, aussi.

    Mentor, guide, initiateur… Tant de facettes et de nuances pour un rôle dont l’importance dans une vie n’a d’égal que la difficulté à le trouver.

    Mais « mentor », avant de devenir un nom commun, était un nom propre. Dans la mythologie grecque, Mentor était le précepteur de Télémaque, fils d’Ulysse. Amis de longue date, Ulysse et Mentor étaient liés par une profonde relation de confiance. C’est à Mentor qu’Ulysse confia l’éducation de son fils Télémaque lorsqu’il partit accomplir l’Odyssée. C’est aussi à travers Mentor qu’Athéna communiqua avec Ulysse et Télémaque pour les aider et les guider.

    La déesse de la sagesse et de la raison qui s’exprime à travers la voix de Mentor… Y a-t-il plus belle métaphore de ce que nous cherchons à découvrir en rencontrant le nôtre? Une forme de sagesse, non pas moralisante, mais pleine de vivance, empreinte de cette légèreté joyeuse qui fait de la Vie une voie qui en vaille la peine.

    Et toi, as-tu déjà découvert qui est ton mentor?


  • Les cendres

    Tu peux brûler les cendres du temps. Tu peux brûler les cendres du passé.

    L’amertume des regrets.

    L’acidité des remords.

    La salinité des reproches que tu te fais à toi-même. 

    Aucune cendre ne s’emporte dans la poussière du bout du chemin. Alors brûle les cendres, brûle-les jusqu’à calciner leur essence, jusqu’à noircir leur cÅ“ur.

    Brûle, brûle, brûle-les longtemps de toutes tes forces. Scories et fournaise, forge et marteau, feu et chalumeau, brûle-les jusqu’à l’os. Brûle-les jusqu’à plus soif. Brûle-les jusqu’à pleurer toi-même des larmes de feu.

    Brûle les cendres du passé jusqu’à ce qu’elles blanchissent, comme du sable qu’on aurait purifié jusqu’au moindre grain. Brûle-les jusqu’à ce que les atomes de ton passé ne puissent rien faire d’autre que transmuter.

    Alors, seulement alors, la braise intérieure pourra rougeoyer à nouveau, et faire rayonner ton existence en s’ouvrant à demain.


  • Ode aux soignants de l’âme

    Marcher dans la nuit de l’autre. Marcher dans sa nuit avec l’autre. Porter l’espoir à bout de bras dans les profondeurs. Prodiguer chaleur et soin, sans relâche, dans la froideur de la douleur. 

    Soutenir sans faillir, aider sans jamais imposer. Jamais. Trouver la bonne fréquence pour entrer en contact, puis le maintenir. Protéger cette flamme fragile qui relie encore le cœur de celui ou de celle qui souffre au mince fil de l’existence, ténu mais empli d’espérance.

    Ne rien attendre. Ni gratitude, ni reconnaissance, ni fleurs, ni honneur. Descendre sans hésiter dans les gouffres de l’âme où, pourtant, se tapissent les forces ultimes de la vie. Et qui parfois font si peur.

    Tenir, tenir et marcher encore. Aborder la montagne par un versant puis un autre. Retenter un autre passage, un autre sentier, une autre ouverture. Savoir attendre aussi, parfois longtemps. Très longtemps si c’est ce qui est juste. Les signes le diront. 

    Puis l’eau un jour se remet à couler. Comme un mince filet d’abord. Puis le filet libère un ruisseau qui rebondit en une rivière. Jusqu’à ce que la rivière creuse un lit assez grand pour qu’un fleuve puisse venir s’y déposer et se déployer de tous ses flots dans la mer. 

    Les guérisseurs de l’âme ne disent rien. Ils n’exigent rien ni ne demandent rien. Ils dansent avec l’eau du cœur des Femmes et des Hommes pour qu’elle puisse chanter à nouveau.


  • Ode aux blessés de l’âme

    Peut-être l’as-tu croisée elle? Peut-être l’as-tu croisé lui? Mais croisé sans un regard, sans une attention, concentré que tu étais dans le corridor des nageurs dans lequel tu dois tenir. La compétition de la vie ne fait pas souvent de cadeau.

    Pourtant, il en aurait fallu du temps pour que vos regards se croisent. Il aurait fallu s’arrêter et la chercher cette personne qui porte en son cÅ“ur une blessure si grande qu’elle essaye de rester invisible aux yeux des autres.

    Rasant les murs, se faufilant comme un chat triste, ne faisant aucun bruit, les blessés de l’âme tentent de panser des plaies familiales que des générations avant eux n’ont pas pu affronter. Ou une enfance déchirée par la sauvagerie du monde. Ou encore un coup du sort qui a entamé leur joie et leur confiance, comme un coup de hache dans le tronc d’un arbre.

    Il aurait fallu aller jusqu’à elle, cette personne, la poursuivre peut-être même, pour qu’elle puisse sentir que tu voulais la Rencontrer, la Comprendre, la Rejoindre.

    Surtout ne pas déranger, se dit-elle. Je dois faire le chemin moi-même sans l’aide de quiconque. Et puis à quoi bon? Personne ne pourrait me comprendre ni s’intéresser à moi.

    Mais au fait, peut-être est-ce toi en cet instant qui est en lutte avec des blessures que personne ne voit. Et qui déambule comme une plume insaisissable au gré du vent. Personne ne te voit, penses-tu. Personne ne veut venir te rencontrer, crois-tu. Alors arrête-toi un instant et retourne-toi. Regarde là-bas. Un nageur semble avoir décidé de lâcher le rythme de cette vie effrénée. Il cherche à reprendre son souffle. Il aspire à la rencontre. À te rencontrer, toi.


  • N’as tu pas oublié?

    N’as-tu pas oublié… Entre les courses à faire, les factures à payer, l’intendance à gérer… Enserré dans les attentes des uns et des autres, de ta famille, de tes amis, de tes collègues… Avec tout le temps que tu passes à cultiver la perfection de ton image sur les réseaux.

    N’as-tu pas oublié… Dans la prison de tes croyances et dans les injonctions de la société. Dans le report à demain de tout ce qui pourrait un peu trop secouer. Au son des musiques un peu lisses qui t’anesthésient quand tu déambules dans les temples de l’économie de marché.

    N’as-tu pas oublié… Cette passion en toi dont le feu s’est éteint à force d’ignorance. A force de combats que tu as dû mener, pour toi, mais surtout pour les autres. N’as-tu pas oublié le soleil qui se lève dans ton coeur quand la joie prend son envol et que tu crées ton propre chemin à chacun de tes pas.

    As-tu oublié, peut-être, que la vie est une Aventure? Qu’elle est prête à chanter, hurler, crier, danser – pour toi et avec toi, des torrents de vent dans les voiles. Es-tu prêt à larguer les amarres? La traversée t’attend.

    Toi.


  • Juste un appel

    J’ai appelé un ami il y a quelques jours. En quittant le boulot, je me sentais perdu, rempli d’émotions contradictoires. Et j’ai succombé à la tentation du coup de fil qui s’empare souvent de moi quand je monte dans ma voiture. Par chance, il a décroché du premier coup. Je dois bien confesser que je suis beaucoup moins réactif : une personne qui m’appelle a une probabilité non négligeable de tomber sur ma messagerie. Je rappelle, toujours, mais parfois il me faut du temps 😊

    Après avoir pris quelques nouvelles l’un de l’autre, je lui ai dit que j’avais besoin de son aide. Bien qu’une grande confiance existe entre nous, j’avais peur de me sentir jugé. Pourquoi ne parvenais-je pas à trouver moi-même la solution à mon problème, avec mes propres outils ? Tout ce que je savais, c’était que je me sentais bloqué et que je ne voyais plus quelle direction emprunter.

    Notre conversation a duré une vingtaine de minutes. De sa part, une grande écoute, des questions, de l’intérêt, de la saine confrontation, une prise de recul, des demandes de précisions… Un ballet de mots qui m’a permis de me déposer en sécurité et d’avancer à tâtons dans mon obscurité intérieure. Il m’a finalement suggéré de dessiner ma situation, en représentant ma vie telle que je la voyais aujourd’hui et telle que je voudrais qu’elle soit. « Toi, il vaut mieux que tu dessines, car si tu te mets à réfléchir tu vas trop ruminer. » Touché 😉 Nous avons encore partagé quelques réflexions et idées avant de nous quitter.

    J’ai continué ma route dans le silence de la soirée et dans les volutes de mes pensées. Mon problème n’était pas réglé et j’avais toujours plein de questions. Je n’avais pas de solution, mais l’écoute, une autre perspective, le partage et la proposition concrète pour sortir de l’ornière avaient rouvert mon horizon.

    Et ma route s’est poursuivie dans la nuit tombante avec deux étoiles naissantes : la chance et la gratitude d’avoir un ami.