Souveraineté.
C’est un mot un peu oublié, à mon sens souvent mal compris, et qui a refait surface dans la conscience collective et le débat public depuis plusieurs mois. Même les personnes les plus modérées commencent à se saisir de ce concept, signe que sa réémergence traverse tous les pans de la société.
D’après Le Larousse de Poche (édition 2004)1, la souveraineté est « le pouvoir d’un État qui n’est soumis au contrôle d’aucun autre État ». Présentée comme cela, elle semble être la conséquence d’un pouvoir dominateur qui aurait subi une inflation débridée au fil du temps. La souveraineté qui résonne à mes convictions est tout autre. Imaginons deux États souverains: aucun des deux n’est soumis au contrôle de l’autre. Chacun se tient « sur ses 2 jambes », en toute autonomie, et ne redoute pas une prise de pouvoir de l’autre sur lui-même.
Cette posture a une seconde conséquence: la possibilité de coopération égalitaire. Cela implique de pouvoir échanger et négocier des ressources ou des aptitudes propres à chacun dans une logique de progrès individuel et commun: « Tu m’aides à progresser dans mes manques, sur la trajectoire qui est la mienne et je t’aide à progresser dans tes manques, dans la trajectoires qui est la tienne. Nous grandissons chacun et ensemble. »
Il y a dès lors une forme de majesté dans la souveraineté, une volonté de s’élever au-dessus des contingences du temps et de l’espace, tant pour les États que pour les individus. C’est une ambition incarnée de tenter de voyager dans l’existence de manière à laisser la petite part du monde dont on a reçu la charge dans un état un peu meilleur que lorsqu’on en a hérité. C’est décider d’initier des changements dont on est quasi certain de ne pas voir les effets de son vivant. Les mettre en route pour les autres et non pour soi, avec une espérance enracinée dans le coeur des Femmes et des Hommes.
La souveraineté, c’est regarder plus loin encore. C’est essayer de donner corps à une vision du monde qui paraît impossible à concrétiser de prime abord. C’est faire le pari d’un futur vivant, dans lequel demain n’est pas seulement la suite d’hier et d’aujourd’hui. Elle porte en elle la beauté et l’humilité de ce pari fou: contribuer à porter une vision qui constitue un pas, même un tout petit pas, vers un monde meilleur.
La souveraineté, enfin, nous appelle à sacrifier des pans de nous-mêmes, à laisser des sentiers de côté pour, petit à petit, nous concentrer sur notre chemin de vie essentiel.
La souveraineté nous place devant la liberté du choix afin que nous puissions, aujourd’hui et demain, avoir le choix de la liberté.
1. Et oui, il m’arrive encore d’utiliser un dictionnaire – OK boomer 😅