Ode aux blessés de l’âme

Peut-être l’as-tu croisée elle? Peut-être l’as-tu croisé lui? Mais croisé sans un regard, sans une attention, concentré que tu étais dans le corridor des nageurs dans lequel tu dois tenir. La compétition de la vie ne fait pas souvent de cadeau.

Pourtant, il en aurait fallu du temps pour que vos regards se croisent. Il aurait fallu s’arrêter et la chercher cette personne qui porte en son cœur une blessure si grande qu’elle essaye de rester invisible aux yeux des autres.

Rasant les murs, se faufilant comme un chat triste, ne faisant aucun bruit, les blessés de l’âme tentent de panser des plaies familiales que des générations avant eux n’ont pas pu affronter. Ou une enfance déchirée par la sauvagerie du monde. Ou encore un coup du sort qui a entamé leur joie et leur confiance, comme un coup de hache dans le tronc d’un arbre.

Il aurait fallu aller jusqu’à elle, cette personne, la poursuivre peut-être même, pour qu’elle puisse sentir que tu voulais la Rencontrer, la Comprendre, la Rejoindre.

Surtout ne pas déranger, se dit-elle. Je dois faire le chemin moi-même sans l’aide de quiconque. Et puis à quoi bon? Personne ne pourrait me comprendre ni s’intéresser à moi.

Mais au fait, peut-être est-ce toi en cet instant qui est en lutte avec des blessures que personne ne voit. Et qui déambule comme une plume insaisissable au gré du vent. Personne ne te voit, penses-tu. Personne ne veut venir te rencontrer, crois-tu. Alors arrête-toi un instant et retourne-toi. Regarde là-bas. Un nageur semble avoir décidé de lâcher le rythme de cette vie effrénée. Il cherche à reprendre son souffle. Il aspire à la rencontre. À te rencontrer, toi.